Les babésioses canines s’expriment sous de multiples formes cliniques dont les signes sont les conséquences de phénomènes complexes, dont certains ne sont pas élucidés. Il est possible de distinguer des phénomènes responsables de l’hémolyse (babésiose non compliquée) de ceux non imputables à l’hémolyse (babésiose compliquée).
L’hémolyse est le phénomène central des babésioses
responsable des signes cliniques caractéristiques (« babésiose
classique, non compliquée ») : abattement, fièvre,
anémie et modifications urinaires. La destruction des globules
rouges (GR) est la conséquence de plusieurs mécanismes
pathogéniques :
- multiplication du parasite (formes géminées)
et augmentation de la pression intra-érythrocytaire,
- action des anticorps (Ac) dirigés contre des antigènes
(Ag) babésiens fixés sur la membrane des GR et reconnus
alors comme antigéniquement étrangers à l’organisme.
Ces deux phénomènes se conjuguent pour entraîner
une hémolyse intra-vasculaire, libérant ainsi de l’hémoglobine
métabolisée en bilirubine éliminée dans les
urines (« urines café ») ;
- érythrophagocytose des GR parasités ou recouverts d’Ag
: hémolyse extra-vasculaire siégeant essentiellement dans
la rate (d’où splénomégalie).
On comprend ainsi l’absence de proportionnalité entre l’importance
de la parasitémie et l’intensité des signes cliniques.
Ces phénomènes sont à l’origine des complications
d’une babésiose classique et des formes atypiques (« babésiose
compliquée ») :
- insuffisance rénale (hyperazotémie,
hypercréatininémie,
densité urinaire diminuée) due à une glomérulonéphrite,
bilirubinurie et parfois hémoglobinurie ;
- ictère pré-hépatique et hépatique (accumulation
des produits de dégradation de l’hémoglobine dans
les muqueuses, la peau et les viscères) ;
- phénomènes hémorragiques (pétéchies,
purpuras, hématomes) dus à une coagulation intra-vasculaire
disséminée ;
- phénomènes algiques (lombalgie, myalgies, arthralgies)
et locomoteurs (parésie) ;
- phénomènes nerveux (troubles du comportement, convulsions)
ou neurobabésiose ;
- troubles oculaires (nystagmus, anisocorie, hémorragies rétiniennes),…
Ces manifestations reposent sur un syndrome
pseudosepticémique avec inflammation générale et défaillance multiviscérale.
A l’instar de ce qui est démontré à propos
du paludisme humain à Plasmodium falciparum et sur des arguments
expérimentaux, le phénomène de séquestration et de cyto-adhérence érythrocytaire est vraisemblable :
- adhérence entre GR parasités et/ou recouverts d’Ag
babésiens et GR sains, provoquant la séquestration de nombreux
GR augmentant l’anémie (conséquence clinique), piégeant
des parasites (échappement à l’action du système
immunitaire) et raréfiant la parasitémie (conséquence
diagnostique) ;
- adhérence de ces agglomérats aux cellules endothéliales
des vaisseaux, provoquant ainsi la formation de thrombus : hypoxie tissulaire, œdèmes,…L’administration
d’héparine par la voie intraveineuse provoque simultanément
une restauration partielle de l’hématocrite et …la
ré-apparition d’une parasitémie.
